Quelque chose ici va venir
32e résidence d'artistes
Du 28 Mars au 17 Sept. 2023
Emmanuel Tibloux, directeur de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs
Avec l’assistance de Ariane Brioist
Du 28 Mars au 17 Sept. 2023
Emmanuel Tibloux, directeur de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs
Avec l’assistance de Ariane Brioist
« Quelque chose ici va venir »
Interrogé en 1961 par le producteur et réalisateur de la série « L’Art et les hommes » Jean-Marie Drot, le sculpteur Ossip Zadkine, qui avait découvert les Arques en 1934, eut cette réflexion mystérieuse et prémonitoire : « J’aime ce village quoiqu’il se meure, mais quelque chose ici va venir, je ne sais pas quoi, bien sûr pas du pétrole, quelque chose de différent, mais quelque chose viendra… ».
Près de 90 ans après l’arrivée de Zadkine aux Arques et 35 ans après la création des Ateliers, je propose de repartir de l’intuition que « quelque chose ici va venir » — en prenant notamment à la lettre la boutade « pas de pétrole bien sûr ».
Avec cette idée que ce qui va venir ici, aux Arques, et qui commence à venir ici et là, dans les campagnes, dans les territoires ruraux, ce sont des tentatives de sortie de la société thermo-industrielle, des façons d’expérimenter un autre mode de vie que celui de l’extractivisme et de la croissance, de la consommation et du développement, en prenant la pleine mesure de ce qui est déjà là et dont nous avons perdu la conscience : que la terre où nous vivons est la terre dont nous vivons. Que le lieu est la ressource.
Ce que nous dit Zadkine, c’est qu’il y aurait, d’un côté, quelque chose qui serait meurtri, qui serait parti ; et de l’autre, persistante, étayée sur un fort potentiel de ressources, la sensation que quelque chose de vif est à venir.
Ce mouvement, de balancement ou de tension, est plus généralement celui des territoires ruraux, qui connaissent à la fois des dynamiques de déprise et d’exode toujours à l’œuvre, et une nouvelle attractivité que la crise sanitaire a accentuée et qui s’accompagne d’expérimentations de plus en plus nombreuses.
Cette attractivité repose sur une réalité. Il y a aux Arques et dans les territoires ruraux des matériaux, des savoirs faire, des filières, des réseaux, des outils qui gagnent à être activés ou réactivés, non pas dans une logique de fermeture sur le local, de repli sur soi, mais au contraire d’expression d’un potentiel, de fertilisation et d’ouverture d’un territoire.
La résidence s’attachera ainsi à révéler le potentiel du lieu, c’est-à-dire le potentiel de la ressource, et plus précisément de la diversité des ressources ; à inventer une approche inclusive, généreuse, susceptible de composer avec les formes de vie aussi bien que les formes non-vivantes — infrastructures, matériaux — qui font l’originalité du territoire, et de faire trace.
Une telle ambition suppose que l’on se donne les moyens de prendre le temps de rester, de résider, comprendre le contexte, œuvrer à la récapitulation et à la réappropriation d’une histoire à partir de laquelle quelque chose peut à nouveau venir, sans céder sur l’équation de départ, selon laquelle le lieu est la ressource.
Parce que la ressource est plurielle, le groupe des 5 résident·es invité·es l’est aussi.
Ne se limitant pas au seul champ de l’art contemporain, il intègre la pratique du design, et plus largement les arts du faire et de la parole, du poème et du récit — pour esquisser de nouvelles façons de résider, c’est-à-dire d’habiter le monde.
Emmanuel Tibloux, janvier 2023
28 Mars 2023 → 18:00
Présentation du projet de la 32ème Résidence par Emmanuel Tibloux et de la démarche artistique de chaque résident invité sous la forme d’une mini-conférence d’une quinzaine de minutes.
2 Juin 2023 → 18:00
Durant leur séjour, les artistes sont invités à présenter leur projet en cours de réalisation au public. À cette occasion, ils ouvrent leurs ateliers et donnent à voir et à comprendre leurs pistes de recherche, leur processus de création, leurs références et sources d’inspiration.
Ce moment fait office d’étape dans le cheminement que représente la résidence pour les artistes. Il est suivi d’un moment de convivialité dans le jardin du Presbytère.
À 21h00, concert de Charles-Baptiste
Après avoir chanté le retour au village natal en 2020 avec Bled, un titre notamment plébiscité par la Souterraine et France Inter, l’artiste « rurbain » Charles-Baptiste poursuit son autobiographie musicale avec un album consacré au lien, à paraître en septembre 2023, enregistré entre sa maison d’enfance en Béarn et les studios Ferber à Paris. Une proposition de redécouverte du réel, sublimée par un songwriting piano-voix intemporel.
7 Juil. 2023 → 19:00
En présence du directeur artistique et des résidents invités, suivi d’un repas partagé en plein air accompagné d’un DJ set.
8 Juil. 2023 → 13:00
Atelier d’écriture avec Valérie Rouzeau
Samedi 08 juillet, 13h-15h30
Une séance dédiée aux adultes (groupe non constitués). En atelier d’écriture, chacun et chacune peut à loisir découvrir sa part poétique, son espace de construction, ses émotions enfouies. Il n’y a pas de jugement, ni d’objectif à atteindre. Le groupe est guidé à travers mini-conférences, discussions, textes lus et partagés, images stimulantes, écoute respectueuse. Ce qui donne le ton, c’est le plaisir d’être ensemble, de se dire, de se lire et
de s’entendre, et puis de découvrir des auteurs. La séance portera sur une lecture du paysage des Arques.
Lecture en plein air
Samedi 08 juillet, 18h
Frédéric Boyer — Anne-James Chaton — Valérie Rouzeau
Figures majeures de l’écriture et de la poésie contemporaines, Frédéric Boyer, Anne-James Chaton et Valérie Rouzeau donneront à entendre un même souci d’articuler la langue poétique à une expérience de la nature, de la terre ou du vivant, qui renoue avec l’origine latine du mot « culture ». Avant de désigner une activité de l’esprit humain ou le produit de cette même activité, la culture est une métaphore qui trouve son origine chez Cicéron,
en 45 avant notre ère, dans un dialogue intitulé Les Tusculanes. Alors qu’il s’interroge sur la capacité du philosophe, qui se « dit spécialiste en l’art de vivre », à mettre sa vie en conformité avec ses principes, Cicéron en vient à établir l’analogie suivante : « Un champ, si fertile soit-il, ne peut être productif sans culture, et c’est la même chose pour l’âme sans enseignement ».
L’intérêt de ce retour aux origines est de rappeler le lien fondamental qui existe entre la culture, la pédagogie, l’art de vivre et le souci de la terre. C’est de la réactivation poétique de cette origine perdue qu’il s’agira dans les textes choisis pour la lecture.
Après des études scientifiques, Romain Gandolphe a découvert l’histoire de l’art aux beaux-arts, grâce à la parole des autres. Parions que cet ordre initial du récit a marqué sa pratique. Ayant démarré avec des performances (s’enfermer dans une cimaise pendant une semaine ; demander à des gardiens d’exposition de préserver des œuvres invisibles ; partir en Californie à la recherche de l’endroit exact d’une performance historique des années 1960), l’artiste a commencé à raconter ses actions et à performer progressivement son récit lui-même.
L’oralité est ainsi devenue, presque naturellement, la forme principale de son travail, prenant la tournure d’expositions racontées ou de récits d’œuvres oubliées. Dès lors, la parole est-elle le véhicule d’une expérience inaccessible ou bien l’expérience elle-même n’est-elle que le prétexte à la narration ? Chez Romain Gandolphe, rien n’est vraiment clair ! Entre visite guidée, théâtre, conférence et méta-performance, ses récits amoureux
de l’art sont comme des substituts qui auraient supplanté leur modèle, comme l’on dirait d’un discours qui se serait autonomisé de son sujet.
Pour le 62e Salon de Montrouge, l’artiste, fidèle à son caractère spéculatif et joueur, propose une visite anticipée du Salon, avant que les œuvres ne soient installées. Un récit d’anticipation face aux cimaises vides, dont les auditeurs pourront vérifier ou infirmer la pertinence en différé.
Ce faisant, le travail de Romain Gandolphe est aussi une réflexion critique sur un art de la performance en soi paradoxal, car fondé sur un irréductible hic et nunc (« ici et maintenant »), qui exclut de fait la plupart des spectateurs. Un art qui n’existe finalement que par l’indice, la trace et le récit et qui transforme ses artistes en storytellers… pour ne pas dire en bonimenteurs !
Est-ce bien arrivé ? Même pas sûr. Ce travail renvoie la performance à son essence problématique d’événement au présent, et donc par nature insaisissable, car toujours irrémédiablement manqué. À peine esquissé, déjà mort ! Une pratique en creux, par défaut, qui allait, par la multiplicité de ses absences, faire exploser les désirs et les fantasmes.
Guillaume Désanges
Diplômé de l’École Boulle en ébénisterie, et de l’ENSCI – Les Ateliers, Jean-Sébastien Lagrange prend part à différentes collaborations dont l’aménagement et la conception du mobilier liturgique de La Chapelle des Religieuses de l’Assomption.
Jean-Sébastien fonde l’atelier JS.L en 2010. L’agence se base sur une pratique ouverte du design où la rencontre est primordiale et les projets bien souvent collaboratifs.
L’Atelier répond à des commandes institutionnelles / culturelles / industrielles et invite des concepteurs externes spécialement choisis en fonction du projet. Architectes, artisans, ingénieurs en génie climatique, graphistes travaillent ensemble et créent un véritable laboratoire de recherche collaboratif et pluridisciplinaire.
Jean-Sébastien a par ailleurs à cœur de développer une démarche de travail visant à utiliser le moins de matière avec le moins d’impact sur l’environnement, qu’il qualifie de « design frugal ». Parmi ses créations les plus remarquées citons : l’aménagement des parties communes du groupe ESC Troyes, l’aménagement de résidences d’artistes à la Cité internationale des arts de Paris, la conception des espaces d’exposition du Château de Malmaison.
Jean-Sébastien est finaliste de la Bourse Agora pour le Design en 2013 et 2015 et pensionnaire de la Villa Kujoyama à Kyoto en 2017. Il est représenté par la Galerie Valérie Guérin spécialisée dans le design durable. Il siège dans divers jury de Diplôme entre autres à l’ENSCI – Les Ateliers. Il est co-titulaire de la Chaire de recherche Cnous/EnsAD « Mutation des Vies Étudiantes ».
Le travail de l’artiste franco-américaine Sabine Mirlesse tourne autour de la visibilité des seuils et de l’intériorité du paysage. Elle s’intéresse particulièrement à la manière dont ces sites sont interprétés et devinés. Tissant son chemin à travers des récits minéraux, la pratique multidisciplinaire de Mirlesse relie la photographie et la géologie, grands gardiens du temps.
Cette pratique trouve son fondement dans la formation de l’artiste en littérature et en études de l’histoire du religion et du mysticisme. Elle se manifeste par l’accumulation de couches, de strates, au travers de la sculpture, l’installation, la vidéo et l’écriture. Les inspirations de l’artiste proviennent souvent des arguments cosmologiques, la géomancie, et l’ésotérisme, et elle explore des récits minéraux et géologiques souvent en forme de quêtes de lecture de terres.
Elle est diplômée en Master of Fine Arts du Parsons the New School à New York et d’un Bachelor de McGill University à Montréal. Elle enseigne à l’EnsAD. Son dernier livre, Pietra di Luce (ed. Quants), est nominé pour le Prix Bob Calle du livre d’Artiste. Il contient des textes critiques de Jean-Pierre Criqui et Federica Soletta.
Elle est lauréate de la mission Mondes Nouveaux du Ministère de la Culture, qui accompagne des projets s’inscrivant en résonance avec un ou des sites du patrimoine architectural, historique et naturel relevant du Centre des monuments nationaux (CMN) ou du Conservatoire du littoral (CDL), et résidente à Poush depuis 2020.
Lorsque dans un projet d’architecture des matériaux jugés obsolètes sont destinés à la benne, je propose d’en réintroduire certains sur le même site, sous une autre forme, en les adaptant au cahier des charges du nouveau projet. La matière prélevée lors du chantier est transformée et intégrée au nouvel édifice sous forme de lests, d’agrégats et de pigments, qui détermineront la couleur, la forme, la matière, la consistance, la texture, la main
et le poids des nouveaux matériaux. (…)
Défaire un édifice donne accès à des strates d’informations jusqu’alors invisibles. Les trous, les vides, les ouvertures dévoilent le fonctionnement de la construction et la configuration des fondations, couches d’isolations, canalisations, etc. Réciproquement, les parties libérées (soustraites) sont autant de fractions représentatives du bâti d’origine, qui, en passant du statut d’immobilier à celui de mobilier, en deviennent manipulables.
Collectées et réunies sous forme d’échantillons, elles offrent d’un seul coup d’œil une vision d’ensemble sur les matières qui composaient l’ancien édifice. Lire dans les gravats revient alors à imaginer l’histoire de leur formation. La matière qui les constitue provient de sites d’extraction (mines, carrières, forêts …) ; en tant que matériaux de construction, ils étaient le fruit de savoir-faire (ferronnerie, céramique, briqueterie, cimenterie, maçonnerie, charpente …) et l’ensemble qu’ils formaient avait fait l’objet d’une conception architecturale. L’usure, l’érosion et la patine sont les conséquences de leurs usages, de leurs interactions avec les habitant·es et plus généralement avec le vivant. (…) L’objectif est de développer des protocoles et des formulations de transformation in situ transposables d’un projet à l’autre en fonction des gisements de matériaux disponibles. L’approvisionnement local engendre un matériau spécifique à chaque projet et l’adaptation des procédés à de nouveaux corpus matériels se décline en nuanciers. Ainsi au détour de chaque chantier investi, j’ai produit des échantillons de matériaux de seconde vie relatifs à l’espace donné. J’en ai tiré des spécificités et des récurrences, que j’ai organisées au sein d’une matériauthèque destinée à être mise à la disposition d’architectes, de designers, d’artistes, d’ingénieurs, d’industriels et de manufactures artisanales. (…)
Les prémices de la démarche de Nicolas Verschaeve se dessinent lors d’un projet de diplôme en 2017 à l’EnsAD, en duo avec la designer textile Juliette Le Goff.
À cette occasion, il pose les jalons d’une pratique du design qui s’étend de l’objet à l’espace et qui défend une interaction plus sensible avec les lieux de vie. Se profilent alors des propositions légères, mobiles et en mouvement, qui favorisent de par leur impermanence une liberté d’usages. Son travail témoigne depuis lors d’une attention sensible vis à vis de la matière, il se construit dans le dialogue et s’affirme au plus près des ressources et des lieux de production.
Cette quête de proximité et d’échange vis à vis de ceux qui font et fabriquent a donné lieu en 2017 à la création d’un atelier de design mobile. Le designer y développe une démarche de recherche qui tient à éprouver des formats de travail situés et qui porte une volonté claire : engager le projet par le faire et repenser les schémas convenus entre recherche, design et production. Lors de chaque escale, ce dispositif porte une attention particulière à ouvrir les connaissances, les techniques et le potentiel des matériaux vers de nouvelles typologies d’objets. La démarche développée ici se nourrit d’observation, d’images et de conversations, et tient à embrasser les réalités historiques, culturelles, environnementales et techniques de chaque contexte pour en refléter la richesse.
Les objets qui en émergent s’ouvrent à différentes échelles de diffusion et engagent des dialogues avec plusieurs institutions, galeries et éditeurs. La découverte du Pays Basque a initié un projet croisant les savoir-faire de fabricants de planches de surf et d’ébénistes.
Une collaboration avec les Éditions du côté à Biarritz a ensuite vu le jour lors d’un projet réalisé avec le luthier Virgile Pilon. En Bretagne, une résidence de transmission encadrée par les Ateliers Médicis a guidé un projet sur l’héritage du territoire, explorant les porosités entre paysage, textile et architecture. Au sein d’une région tout aussi singulière, un échange avec les souffleurs de verre du CIAV de Meisenthal initie en 2020 une nouvelle escale dans les Vosges du nord, soutenue par le Cnap. Enfin, l’accompagnement de la région Île de France au travers du dispositif FoRTE lui permet d’engager en 2021 un projet de recherche et de création sur le matériau terre et d’explorer avec la Briqueterie Knepfler différents process et mises en œuvre de l’objet à l’espace.
L’intérêt que Nicolas Verschaeve porte envers une pratique contextualisée et consciente de son impact l’a mené à travailler sur des projets de recherche avec le Studio Formafantasma ainsi que sur le développement de projets au sein de l’équipe de Normal Studio. Ces expériences l’ont enrichi d’un équilibre qu’il tisse aujourd’hui au sein de son propre atelier, entre une justesse des formes et une pensée critique et engagée de la discipline.
Né en 1968 et diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, option Communication visuelle, Samuel Vermeil est graphiste indépendant. En 1994, il intègre l’atelier M/M (Paris) en 1994 dont il devient un collaborateur régulier jusqu’en 2005.
À partir de 2001, il enseigne le design graphique à l’ÉSAD Grenoble-Valence. Il a participé à de la construction du cycle Master et animé plusieurs revues avec les étudiants (.txt, Pneu). De 2007 à 2013, il enseigne au sein de l’option design de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne où il devient ensuite responsable du design graphique de la revue Azimuts dans le post-diplôme design & recherche de l’école jusqu’en 2018.
Parallèlement, il poursuit une activité de graphiste dans le champ éditorial, notamment pour les éditions B42. Son travail graphique est tourné vers la forme éditoriale et en dialogue avec les pratiques artistiques contemporaines. L’enseignement lui a apporté l’envie et le goût d’écrire sur le design, la typographie (Faucheux, Dwiggins, Glaser, ...) et ouvert à des projets collaboratifs de publications et d’expositions (N+1,Attention, Exemplaires, ...).
Samuel viendra compléter l’équipe pour accompagner la démarche et contribuer à sa diffusion, sa documentation, sa valorisation et son partage.