Le chemin se fait en marchant

31eme résidence d'artistes

Du 25 Mars au 18 Sept.

Balthazar Heisch - artiste et Frank Lamy - commissaire d'expositions

Présentation

Les crises écosystémiques qui affectent la planète nous obligent à reconsidérer les pratiques qui sont les nôtres. Entre la prise de conscience de l’urgence climatique, de ses effets délétères, la nécessité grandissante de changer de paradigme sociétal pour un modèle plus juste, inclusif, soigneux des différentes formes de vie, de mettre en question le « cystème » de l’art contemporain, la situation exceptionnelle que proposent les Ateliers des Arques nous semble propice à ces questionnements.



Déconstruire et mettre en jeu les questions auctoriale, curatoriale et artistique.
Expérimenter, mettre en œuvre des dynamiques de travail et de création collectives, partagées, horizontales, in situ.
Dans un contexte d’encombrement général du monde, agir dans une économie de moyens circulaire, « faire avec » (recyclage, ressources locales, etc.), jouer le ralentissement…

Nous privilégierons les œuvres éphémères, les interventions dans le paysage, les formes ayant à voir avec les "être-ensemble" telles que repas, rituels, parades et processions … en écoute et étroite relation avec les habitant.es et les esprits des lieux. Activations de performances, documentations de ces moments seront également travaillés explorant les communautés qui se mettront en place lors de moments de résidence. Les envisager comme des moments d’échanges, de partages, de co-constructions.

Le chemin se fait en marchant.

Les moments partagés décoctés par Julie C. Fortier et Lisa Valencia, les souffles chantés et immémoriaux de Maria Louizou, les gestes paysagers et buissonnants de Balthazar Heisch, les actions fluxus d’Esther Ferrer rejouées par Frank Lamy, les arrangements industriels de Sylvie Ruaulx, la prolifération graphique DIY Paulo Gatabase...

Les artistes réuni.es dans le projet portent une attention toute particulière au corps.  À ses dynamiques, ses mythologies.  À sa puissance active.

Récupérer, recycler, collecter, faire avec, déposer, emprunter, déplacer...
Avec une économie de moyen aiguë, être terrestres parmi les terrestres.

Il sera question de déplacements, de transmissions, d’histoires, d’éphémères, de rituels, de mises en récits. De paysages aussi, internes et externes. Il y aura des temporalités diverses. Du direct, du différé, du retardé, du programmé, du spontané, du à venir…

La résidence sera l’occasion de construire une exposition et un parcours où actions, performances, documentations, objets sont des moments dans le processus d’apparition et de construction des œuvres. La résidence est envisagée comme un moment de vie où s’alternent les temps de conseils et de solitude, de tentatives et de présentations, d’impulsions et de laisser-faire. Où se joue également une porosité nécessaire entre moments de travail et moments de partage, une perméabilité entre l’« atelier » et le monde, entre le geste en train de se faire et la geste qui se raconte.

Le projet sera ponctué d’invitations exceptionnelles dont la programmation sera dévoilée prochainement.

Nous risquons, pour cette 31e édition de la résidence, une dynamique du geste, de la remise en jeu, de la métamorphose et de l’invisible. Le registre performatif amène avec lui et avec les corps qui l’exercent un « je.u » ouvert, offert, manifeste. Il comporte une mise en danger sans cesse renouvelée de la proposition qui est donnée au regard.

Les pratiques artistiques métamorphiques telles que la performance, l’événement et les œuvres éphémères se tiennent sur le fil qui organise les espaces de création amateurs et traditionnels d’un côté, et les espaces de production artistique professionnels, savants de l’autre.

Avancer sur ce fil fiction-politique nous confirme tous les jours davantage son inopérance en tant que système de valeur et insiste sur la violence sociale qu’il induit. Avancer sur ce fil, en faire une éthique de travail, c’est l’éplucher et planifier sa défaite.

Balthazar Heisch & Frank Lamy
Janvier 2022

Évènements

Lancement de la résidence

Présentation du projet et des artistes en résidence

25 Mars → 18:00

La soirée de lancement permet d'inaugurer la résidence en présentant le projet de l'année, la direction artistique ainsi que les artistes invités.
Ces derniers présentent leurs pratiques sous forme d'une mini conférence d'une quinzaine de minutes à la Mairie des Arques.
Les échanges se poursuivent autour d'un verre offert au Presbytère. Evènement gratuit sur réservation au 05 65 22 81 70.
Direction artistique : Balthazar Heisch, artiste et Frank Lamy, commissaire d’expositions.
Artistes en résidence : Julie C. Fortier + Lisa Valencia, Balthazar Heisch, Frank Lamy feat. Esther Ferrer, Maria Louizou et Sylvie Ruaulx.
Graphiste : Paulo/Gata

Corps, gestes, etc.

Table ronde autour de la performance

5 Mai 2022 → 18:00

En lien avec les pratiques de la direction artistique et des artistes en résidence, une rencontre à plusieurs voix est organisée autour des enjeux des pratiques artistiques performatives et des différentes formes que peut prendre cet art du vivant (actions, performances, événements...), de la replacer dans l’histoire de l’art contemporain et plus largement dans les contextes sociaux et politiques qui président généralement à son apparition.

Vernissage

Restitution de la 31eme résidence

1 Juil. → 19:00

Les Ateliers des Arques convient le plus grand nombre à découvrir le résultat de six semaines (ou plus) de résidence.

Concert de Christine Wodrascka

Piano solo

29 Juil. 2022 → 20:30

C’est à l’âge de vingt ans que la pianiste française Christine Wodrascka découvre la musique improvisée. Fascinée par la liberté artistique et l’expressivité qu’offre cette musique de l’instant, elle se spécialise dans l’improvisation libre. Elle se produit sur les scènes françaises et européennes depuis une trentaine d’années et joue et a joué avec des figures emblématiques de la musique improvisée comme Fred Frith, Daunik Lazro, Joëlle Léandre, Evan Parker, Fred Van Hove, Dennis Charles...

Nourrie par la musique contemporaine, en particulier par le minimalisme, Christine Wodrascka croise les univers, notamment dans son duo de piano Iana avec Betty Hovette. Avec une créativité sans limites, elle multiplie les projets dans diverses formations, en duo et trio avec Jean-Yves Evrard, jusque dans l’orchestre au sein de l’Ensemble FM. Elle fait actuellement partie du projet "The Bridge" mené par Alexandre Pierrepont : échange de concerts entre la France et Chicago.
Constamment animée par la volonté d’explorer les possibilités de son instrument, elle a développé sa propre technique pianistique, basée sur l’intention instantanée. Ce qui caractérise son jeu énergétique, parfois qualifié de physique, c’est assurément l’importance qu’elle donne au geste, souvent peu conventionnel.
Héritière de la pensée Cagienne, elle prépare son piano, travaille le timbre avec des objets, diversifiant les modes de jeu, apprivoisant les paysages sonores.
Libre, c’est sûrement le mot qui décrit le mieux la musique de Christine Wodrascka. Pour elle, la liberté est une sensation. La sensation du risque, du saut dans l’inconnu … Inattendue et insaisissable, la pianiste compose la musique en temps réel, guidée par ses diverses sources d’inspiration. Architecture, peinture, formes, volumes, traits, mouvements, matières, langage, mais aussi cascades, pluies ou rivières, une multitude d’éléments enrichissent en permanence l’univers sonore de Christine Wodrascka.

Week-end de clôture

Finissage de l'exposition

Du 17 au 18 Sept. → 11:00

Démontage de l'exposition en présence des artistes, moments de convivialité, performances


Les artistes

Julie C Fortier

Julie C. Fortier est née en 1973 à Sherbrooke (Québec, Canada) et vit à Rennes depuis 2001. Diplômée en 2015 de l’école de parfumerie Le Cinquième Sens à Paris, elle est aussi titulaire d’une maîtrise de l’École des arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Son travail est représenté depuis janvier 2020 par la galerie Luis Adelantado. Il a fait l’objet d’une exposition personnelle au Château de Oiron pendant l’été 2020. Il a aussi été exposé au centre d’art Rurart à Rouillé (2019), à Micro-Onde à Vélizy-Villacoublay (2018), à la Tôlerie à Clermont-Ferrand (2018), au Musée des Beaux-arts de Rennes (2017), lors de La nuit blanche de Toronto (2016), à Lille 3000 au Tripostal (2015), au CNEAI à Chatou et à la Panacée à Montpellier (2014).

« Depuis mes débuts en vidéo et performance, mon travail enregistre le passage du temps à travers la mise en évidence de processus d’effacement et d’évidement. Les recherches, que j’entreprends dans la réalité, font l’expérience de la déperdition (perte de temps, perte d’énergie, improductivité, boucle, effacement etc.) et d’espaces lacunaires dans lesquels celle-ci peut se manifester (écran blanc, espace vide, trou de mémoire). J’explore différentes manières de construire des images à travers des formes simples par la vidéo, la photographie, la performance, la sculpture ou l’installation.
Depuis 2013, j’ai ajouté à mon répertoire de travail, une recherche expérimentale avec les odeurs et les arômes qui prennent la forme de parfums, d’installations et de dessins ou encore de performances culinaires et olfactives. La puissance mnésique et affective des odeurs modifie les manières de mettre en jeu la mémoire dans les représentations et les récits que je compose. Le caractère évanescent et insaisissable des odeurs est en lien avec le travail de perte et d’effacement que j’explore dans mon travail en vidéo, photo et installation. Obligé de respirer, le spectateur est obligé de sentir. Cet aspect paradoxal d’une absence pourtant présente, invisible mais intimement pénétrante me captive. Ce qui m’intéresse, c’est de reconfigurer la perception que nous pouvons avoir d’un espace donné et de provoquer des renversements de perception dans sa représentation, une rupture entre l’expérience présente et sa représentation passée. Les odeurs sont pour moi le matériau idéal pour poursuivre plus en avant mon travail sur la construction des images en relation avec un souvenir et sa mise en récit. »

Lisa Valencia

Lisa Valencia, née en 1997 à Digne les Bains, a passé son DNSEP en 2021 à l’EESAB de Rennes. En 2018 elle travaille sous la direction de Sonia Boyce et réalise une performance lors de la Nuit au Musée du Musée des Beaux Arts de Rennes qui intègre son installation vidéo lors de la biennale À Cris Ouvert en automne 2018. Son travail est montré en 2019 à l’Hôtel Dieu à Rennes lors de l’exposition collective Hot Hell et à l’Hotel Pasteur à Rennes lors de l’exposition collective Du vent dans les Akènes en octobre 2021. Elle réalise une collaboration avec l’artiste Boris Raux à Massy, lors du festival Curiositas, pour La Fabrique des Méduses en novembre 2021. Elle collaborera de nouveau avec lui à Grasse lors de sa présentation de La Fabrique des méduses en kit en avril 2022. Au travers d’installations immersives Lisa raconte des histoires de territoires, de transmissions et d’échanges. Elle raconte son lien avec le paysage en le faisant dialoguer avec les récits des autres. Pour sa résidence aux Arques, elle entreprend un travail de collaboration avec Julie C. Fortier où elle a l’intention de fabriquer des tiers-lieux transportables pour réaliser des interviews. Ces échanges serviront aussi à produire des performances culinaires et olfactives.

Balthazar Heisch

« Je travaille toujours post-mortem. Je n'aime pas du tout que les choses finissent par surprise alors je commence par faire une œuvre avortée, cassée d'emblée, un vêtement mal cousu mal pensé, une sculpture impossible trop lourde et fragile, un truc ni fait ni à faire mais fait quand même, et tout le reste est supplementarité.
Le travail de l’œuvre se fait « ensuite », sur cette fausse couche, sur le long terme à colmater et ressayer de rendre possible, faire naître malgré tout, Frankenstein de chez Frankenstein, cyborg par essence, corrigé mille fois remanié mille fois depuis une impossibilité d'être primordiale. La glaise forme les courbes du visage qui se fend, les cerceaux sont enflammés avant que je ne les fixe, le chant commence sur une voix qui n'existe déjà plus. Voilà pourquoi je ne peux pas construire, je ne peux pas penser les choses pour qu'elles tiennent : car alors elles s 'élèveraient verticales et pleines d'ambition, de prétention à être, elles promettraient d'être finies et uniques et faites d'une seule essence qui suffirait à les déclarer au monde comme étant, (harmonie idéale, nécessaire et suffisante d'un nombre élémentaire de composants, une perfection des axes, le génie de la pensée naturelle, la complémentarité et l'ordre des choses) et puis j'y croirait sans doute et puis elles s'effondreraient de très haut. Alors je fais mal et maladroit pour me situer toujours déjà dans l'après-la-chute, et puis je soigne. Je remblaie je drague je continue j'hospitalise. Viens avorton de lumières qui ne te sont pas destinées, viens chez moi et dans mon bain je vais m'occuper de ton ombre. »

Frank Lamy

Depuis 2004, Frank Lamy est chargé des expositions temporaires au MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne à Vitry-sur-Seine.
Auparavant critique d’art et commissaire indépendant, il a collaboré aux revues Beaux-Arts magazine, Mouvement, Untitled, le Journal des expositions entre autres et a publié de nombreuses préfaces de catalogues.
En 2009 et 2011, la codirection artistique de Nuit Blanche lui a été confiée avec Alexia Fabre, Conservatrice en chef du MAC VAL.
Avec le collectif les Inapproprié.e.s, dont il est un des membres fondateurs, il co-organise des soirées et autres événements alliant musique et art contemporain.

Maria Louizou

Maria Louizou est une sculptrice grecque née et basée à Athènes. Elle a étudié la sculpture à l’École des Beaux-Arts d’Athènes (ASFA) et la théorie de la musique (classique et électronique) au Conservatoire d’Athènes. En 2019, son travail a été présenté à New York, dans le cadre de l’exposition Tabula Rasa sous la direction artistique de Robert Wilson; ainsi qu’à Pékin, où elle a reçu le prix China Taiyuan International Youth Metal Sculpture 2018. Elle a également montré des œuvres dans le cadre de l’exposition Theorimata au Musée national d’art contemporain d’Athènes (EMST). Elle a participé à la résidence d’été du Watermill Center à New York, sous les dons des collectionneurs Cornelia Long et Franz Wassmer. En 2019, la galerie Sinestetica à Rome a accueilli sa première exposition personnelle, 22°C.
« Mon œuvre est une expérience audiovisuelle réalisée dans des installations sculpturales, des compositions musicales et des performances vocales ; elle explore des domaines tels que l'habitation de l'espace d'interprétation, l'interprète en tant que caisse de résonance vivante, la tradition et l'absence de mécanismes modernes pour faire face à la perte. Je présente également des esquisses qui, comme des partitions musicales, reconstituent les mouvements des voix, la position des sons dans l'espace, les distances des bruits et des silences de la musique.

Les œuvres présentées sont principalement de grandes dimensions et sont réalisées à partir de matériaux tels que le fil de laine épais, la ficelle de velours, la porcelaine et un squelette métallique. L'histoire et la qualité organique des matériaux jouent un rôle primordial dans le choix et la synthèse, alors qu'en même temps leur utilisation fait référence aux arts et techniques traditionnels, faisant ainsi de mes œuvres d'art des témoins d'un temps passé.
Les formes et les couleurs des sculptures font référence, de manière plus ou moins évidente, à des éléments de l'architecture grecque antique tels que les Cariatides, les atlas, les façades de monuments, les éléments décoratifs, les corniches et les frises.
Ces éléments sont toutefois activés et complétés par la présence des interprètes, où ils prennent la place de caisses de résonance vivantes. Mes études sur la vocalisation et la composition de la musique me donnent la possibilité de composer des musiques et des sons qui sont des éléments indissociables de mon travail. Beaucoup de temps est consacré à la coopération, la coexistence et l'interaction entre les interprètes, qu'ils soient professionnels ou amateurs.
Les installations, les sons, l'interaction et la coopération permettent d'étudier l'absence de mécanismes modernes pour faire face à la perte. Les sculptures impliquent soit la présence, soit l'absence du corps humain et sont généralement des extensions et des habitations d'un ou plusieurs corps.

Dans ma recherche, je suis aidée par les essais de Kostis Papageorgis, Simone Weil, les écrits de Samuel Beckett et ses vidéos pour la télévision, auxquels je me suis référée de manière approfondie dans mon travail de diplôme dans le cadre du programme d'études supérieures ''art espace École Nationale Supérieure'' à Paris. Les compositions musicales contiennent des références, entre autres, aux chants polyphoniques de la Grèce du Nord, aux polyphonies de l'Italie du Sud, aux compositions vocales pentatoniques celtiques et aux paroles de chansons traditionnelles. Et tout cela passe de tons vocaux doux à des polyphonies écrasantes. »

Sylvie Ruaulx

Sylvie Ruaulx a été formée à la peinture et à « l’accessoirisme » de plateau. Ses œuvres se sont toujours penchées sur la production industrielle et sur l’étrangeté des formes qu’elle génère ou qu’elle rejette. Sa prédilection la porte à utiliser des chutes, des rebuts de processus industriels. Elle les choisit puis les mets en espace – on pourrait dire en scène – sans en altérer la forme ni la couleur. Elle emprunte, plus qu’elle s’approprie, ces choses qui seraient autrement vouées au recyclage ou à la destruction. Elles les assemble, sans recourir à des technologies complexes, et les organise en mettant en évidence leurs singularités accidentelles. En limitant au strict minimum ses interventions sur les objets collectés, elle veut attirer l’attention du spectateur sur leur valeur d’usage – ou plutôt de ré-usage – intrinsèque et susciter la surprise quant à la variété de formes générées par un processus productif dont ce n’est pas la finalité essentielle. Plus que son travail, c’est celui des autres – ceux qui ont créé le matériel initial et ceux qui l’ont usiné - que Sylvie Ruaulx met en avant, dans une démarche qui se situe entre économie et poétique, abordant les questions du recyclage, les esthétiques du travail, la valorisation des technologies et, enfin, l’éloge de la main anonyme – et de son outillage – qui a façonné des choses aussi étranges … De par sa formation initiale, l’artiste ne récuse pas la notion de décoratif et se fait volontiers scénographe, dès lors que ses œuvres peuvent ouvrir des portes sur le rêve, la méditation ou l’utopie… Louis Doucet, 2020

Paulo Gata

Naviguant entre les domaines de l’expérience sociologique, du jeu de rôle littéraire et de la fiction spéculative, je suis guidé en premier lieu par la volonté de raconter des histoires. Ma démarche artistique prend forme de récits initiatiques suivant le monomythe de Campbell : celui du héros qui se devient lui-même à travers la complétion d’un cycle.
Ma pratique est d’abord l’écriture ; c’est à la fois mon outil et le sujet de ma vie. Mes récits sont des tentatives d’appréhender le monde, de le restructurer, d’y porter et de faire vivre une histoire qui, en plus d’être la mienne, devient celle des autres. Le but de mon processus créatif est l’immersion active. Donner à l’écriture une forme intelligible et ‘expérienciable’. Mon intérêt est la construction de narrations imbriquées où le lien entre fiction et réalité se trouble jusqu’à disparaître.
Résolument ancré dans l’univers de la fête libre, des individus dans la rave, des tiers-lieux et de leur déploiement, mais considérant aussi les enjeux d’identité, d’expression et de (ré) affirmation de soi, j’aborde le corps divers, l’identité multiple, la mutation de ma génération et son caractère protéiforme comme des problématiques, mais avant tout comme des nécessités. Je parle des formes que peuvent prendre l’image de soi, d’aliénation bienfaitrice, du sentiment d’excentrement par rapport à une norme, d’êtres marginaux, d’êtres métisses ; je parle d’altérité, de la partie et de son tout, je parle aussi de la fin du monde.
J’élabore le récit qui me raconte, qui raconte ceux qui vivent avec moi ; le récit sensoriel qui nous traverse et relie dans un espace-temps commun.
Habitué au travail collectif dans des environnements précaires ou éphémères, je suis une démarche artistique intrinsèquement liée aux territoires dans laquelle elle s’inscrit. Mes performances sont le plus souvent activées dans les lieux de leur conception ; les racontent, les explorent, s’y ancrent sous le regard du public pour les faire survivre et préexister à la seule écriture. Mon exécution est celle du jeu, de la lecture mise en scène, de la sonorisation et la spatialisation d’un moment d’intensité. Cette exécution passe à travers les gestes, les danses, les actions directes qui interrogent à la fois le spec tateur et son statut au sein même d’un temps de
performance.


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