Agir dans son lieuJournal de résidence

Ouverture des ateliers

L'ouverture des ateliers par MEDIA 46
Les images de Pierre Aragon

Work in progress

Paroles d'artistes

Enregistrements audio

à travers de courts témoignages audio, la directrice artistique et les artistes nous racontent leur résidence, les rencontres et leurs projets au sein des Ateliers des Arques.

Vernissage

Médiation

Rencontres avec les artistes et ateliers de pratique artistique

Agir dans son lieu

28e résidence d'artistes

Du 20 Mars au 31 Août 2018

Julie Crenn, critique d'art et commissaire d'exposition indépendante

Présentation

La représentation du monde rural traverse l’histoire de l’art, de Jean-François Millet, à Rosa Bonheur en passant par Vincent Van Gogh, Kazimir Malevitch ou encore Marc Chagall, les exemples sont nombreux. Avec un souci de réalisme, voire de naturalisme, ou bien dans une volonté d’inscription du sujet dans un discours idéologique, la représentation du monde paysan fait, le plus souvent, l’objet d’une manipulation. Les images d’Épinal subsistent et se disséminent profondément dans les strates de l’imaginaire collectif.



Si pour les uns le monde paysan est vecteur soit de luttes, soit de soumissions, il reste pour les autres un espace d’utopies, de fantasmes et de nostalgie. Il souffre pourtant d’un spectaculaire désintérêt non seulement de la part de la sphère politique, mais aussi de la société dans son ensemble. Les artistes boudent également les problématiques agricoles. Le projet Agir dans son lieu participe à l’analyse de cet évitement collectif et à l’élaboration d’une pluralité de questions : quelles sont les réalités agricoles actuelles ? Comment les artistes s’en emparent-ils ? Comment représentent-ils un monde qui semble exister à l’écart de la société ? Malgré l’importance fondamentale du monde paysan qui se trouve aux fondations de l’alimentation mondiale, nous observons un désintérêt collectif, mais aussi une méconnaissance flagrante d’un secteur relégué à la marge de la société. Avec la conscience de son délitement dû à une surindustrialisation des pratiques agricoles, le projet, qui a débuté en 2017 à la Galerie Duchamp à Yvetot, se poursuit cette année aux Arques avec la collaboration de cinq artistes qui vont, à travers leur travail en résidence, poser leurs regards sur ces différentes problématiques. Nicolas Boulard, Morgane Denzler, Aurélie Ferruel et Florentine Guédon et Nicolas Tubéry vont ainsi mettre en perspective avec ces questionnements leurs pratiques, leurs médiums et leurs réflexions respectives pour traiter de sujets tels que l’humain et son rapport aux paysages, aux animaux et aux différents types de cultures.

Par la marche et une observation accrue de la construction des paysages, Morgane Denzler déplace le médium photographique pour imaginer de nouveaux rapports à la cartographie. Son expérience physique du paysage donne lieu à une topographie nouvelle, à la fois plastique et mémorielle. Issues de familles d’agriculteurs, Aurélie Ferruel et Florentine Guedon portent un regard sensible sur le monde paysan. Dans une démarche de type sociologique et ethnographique, elles fouillent et hybrident les traditions rurales. En partant de réalités locales, spécifiques au territoire qu’il explore, Nicolas Boulard entremêle la notion de terroir et les principes de l’art minimal. Les installations vidéo de Nicolas Tubéry nous plongent dans l’univers de l’élevage, le conditionnement des animaux, l’économie, le soin, ainsi que la fierté et les difficultés inhérentes aux métiers d’éleveurs.

En 2011, Édouard Glissant déclamait « Agis dans ton lieu, pense avec le monde ! ». Le titre et l’ambition du projet empruntent à la pensée de Glissant qui nous invite à agir, à penser, à comprendre et à nous indigner.

Julie Crenn

Évènements

Lancement de la résidence

20 Mars 2018 → 18:00

L'inauguration est un moment de rencontres et d'échanges entre le public, la directrice artistique et les artistes invités.


Les artistes

AFFG Aurélie Ferruel et Florentine Guédon

Aurélie Ferruel, née en 1988 et Florentine Guédon, née en 1990, travaillent ensemble depuis 2010. Dans cette collaboration, elles partagent leurs idées, leurs lectures et leurs connaissances techniques en vue de développer exclusivement une production commune.
Leur travail de sculpture est parfois accompagné de vidéos, de photographies ou de performances, il ne cesse d’être réinventé, réinterpreté sous l’influence du contexte d’exposition et des rencontres multiples faitent par le duo. À la source de ce travail se trouve un intérêt partagé pour la tradition, en tant que lien générationnel, vecteur de transmission
de gestes et de savoirs. Les membres de leurs familles jouent un rôle prépondérant dans leur pratique, que ce soit par la transmission de savoir-faire techniques ou par leur participation active à leurs performances. Leur but n’est pas de prôner la conservation des traditions, mais d’observer leurs évolutions, leurs formes, leurs réactivations voire leurs
réinventions. Le groupe étant un moyen pour l’individu de se construire une identité, le travail en duo permet de creuser ce désir d’appartenance et de nourrir des représentations du collectif à travers des costumes, des coiffes, des bijoux… autant d’objets chargés d’une forte valeur cérémonielle. Outre leurs héritages culturels respectifs, leur travail plastique intègre et mêle des codes identitaires de divers groupes tels que des tribus, des confréries locales, des cercles familiaux, que ces deux artistes observent et traversent à la manière d’anthropologues et dont elles s’approprient les cultes et les esthétiques pour en créer de nouveaux.

Nicolas Boulard

Nicolas Boulard est né en 1976 à Reims et a grandi dans une famille de producteurs de Champagne.
Depuis 2002, après ses études à l'école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, Nicolas Boulard développe une pratique artistique qui puise ses principales sources d’inspiration dans les produits des terroirs. En grand curieux voire fin connaisseur des multiples règles qui en encadrent la production et la commercialisation, les retournements et autres déplacements qu’il opère en les déjouant l’ont par exemple conduit à planter un vignoble bordelais en Alsace ou à contrefaire une cuvée de Romanée-Conti. Son travail pointe de fait des problématiques sociétales dont l’actualité ne se conjugue jamais au passé, telle que la définition d’un territoire, d’une identité et de ses limites. Si l’artiste cultive volontiers les incursions dans des domaines a priori étrangers à la culture artistique, son exploration de la viticulture ou, plus récemment, du monde des fromages, le renvoie régulièrement à des références majeures de l’art du XXe siècle dont nombre de ses oeuvres se font écho.
Son travail artistique a été présenté dans plusieurs Frac : Champagne Ardenne, Alsace, Aquitaine, au MOMA de San Francisco, au musée de l'objet à Blois. Il vit actuellement près de Paris.

Morgane Denzler

Morgane Denzler , née en 1986 à Maisons-Laffitte (France), vit et travaille à Bruxelles.

"En Europe, le paysage est défini comme « la partie d’un pays que la nature présente à un observateur », l’Homme y est mis à distance. En Chine, le paysage forme un tout au sein duquel l’Homme est parfaitement intégré. Morgane Denzler met en relation deux conceptions du paysage et pose la question de sa représentation : Comment l’appréhender physiquement, visuellement et conceptuellement ? Par le travail de l’image photographique et cartographique, l’artiste ouvre le champ du paysage pour questionner le rapport difficile qui existe entre l’Homme et la Nature. En Europe, le paysage doit être maîtrisé par une constante géométrisation. Une normalisation qui a mené à une réduction de l’espace à l’échelle humaine (en particulier à l’échelle de sa main) : il est codifié, fragmenté, mesuré, plié. Le paysage n’est pas pensé en terme d’expérience physique et/ou émotionnel, mais en termes de repères, d’images juxtaposées les unes aux autres. Il est démembré pour un contrôle optimal de l’espace. Ce regard autoritaire porté sur le paysage génère une
distanciation entre l’humain et ce qui l’entoure. A contrario, la culture chinoise pense l’humain dans le paysage, il habite l’étendue, il en fait pleinement partie et ne tente pas de s’en extraire, bien au contraire. Dans la continuité de ses recherches portées sur la mémoire et le paysage, Morgane Denzler s’approprie deux visions où le tout s’oppose au point de vue. Deux philosophies sont ainsi mises en tension. Il en résulte une nouvelle série d’oeuvres où le paysage est plié, déplié, déployé dans l’espace. Elle hybride ainsi les outils de la cartographie aux photographies de paysages Alpins. Les chaînes de montagnes, les roches infranchissables, les vertes étendues, la profondeur des lacs s’entremêlent aux quadrillages, aux repères, aux couleurs normées et au pliage de la carte. L’artiste nous invite à oublier le point de vue unique au profit d’une déconcentration du regard. Ce dernier doit « se promener pour que le paysage apparaisse. » Il s’agit alors de se laisser traverser par le paysage, ce qu’il dévoile et ce qu’il cache, ses plissements et ses enchaînements. Morgane Denzler déconstruit un rapport faussé avec la nature, les outils normalisant sont détournés pour faire jaillir une poésie et une expérience (visuelle et sensorielle) du paysage. Il s’agit alors se de laisser absorber par le paysage dont les corrélations sont permanentes et infinies. Si les Occidentaux ont mis en place une stratégie de réduction du paysage à leur échelle, l’artiste en rappelle l’immensité, la profondeur et la densité. Dans son oeuvre le paysage est non seulement le lieu d’une rencontre entre l’Homme et son environnement, il est avant tout le lieu de « l’opération du monde ».
Julie Crenn

Nicolas Tubery

Nicolas Tubéry est né en 1982 à Carcassonne, il vit et travaille à Paris.

Il a étudié à l’Ecole Supérieure d’Art et de Céramique de Tarbes puis à l’Ecole Nationale Supérieure des beaux arts de Paris où il obtient le DNSAP en 2009. Nicolas Tubéry réalise des films et des installations. Les structures et les dispositifs de monstration qu’il crée prolongent ses films dans l’espace d’exposition. Son travail en partie influencé par le paysage naturel et social de sa région natale, propose un point de vue singulier sur les événements du quotidien et questionne notre rapport aux images et au réel.


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